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«Combien nous coûtera l’abandon des énergies fossiles?» (8) par Steve Tanner

15 juin 2023

Après 7 chroniques de l’énergie plutôt techniques, Steve Tanner ingénieur et président d’A Rocha Suisse, examine les coûts occasionnés par la transition énergétique que doit mettre en place notre société. Des coûts à considérer comme des investissements rentables sur la durée. A lire et à écouter ici !

Cette série de chroniques sur l’énergie a pour but de faire le tour des grandes questions actuelles sur l’énergie, avec un regard plutôt technique et tourné vers l’avenir. Dans les sept épisodes précédents (1), nous avons vu comment la transition vers un monde sans énergies fossiles peut se faire d’un point de vue technique. Aujourd’hui, c’est son aspect financier qui nous intéresse. Combien nous coûtera l’abandon des énergies fossiles ?

 

Le meilleur moment ?

Tout d’abord, la question du coût de la sortie des énergies fossiles se pose non pas tant dans le fait de choisir entre abandonner ces énergies ou ne pas les abandonner. Car tout le monde est d’accord sur un point : elles vont s’épuiser dans un avenir relativement proche. On parle de quelques décennies. La question du coût se pose plutôt ainsi : quel est le meilleur moment pour effectuer cette transition, économiquement parlant ? Peut-on y aller à fond déjà aujourd’hui ?

Certains pensent que c’est trop tôt et que nous risquons de payer trop cher en cherchant à remplacer les énergies fossiles, encore bon marché, par les renouvelables, assez onéreuses… Sur ce point, la situation a énormément évolué. D’un côté, le prix du pétrole augmente régulièrement, pour des raisons techniques : les gisements sont de plus en plus difficiles à exploiter. Ce renchérissement va évidemment se poursuivre, et les pays producteurs de pétrole facile à extraire n’auront aucun intérêt à le brader. Ils vont chercher à en retirer le maximum. En même temps, ces dernières années, nous avons assisté à une chute incroyable du prix de la production de l’énergie photovoltaïque, qui a été divisée par 5 en juste 12 ans. Aujourd’hui, il revient moins cher de produire un kWh d’électricité photovoltaïque que de produire un kWh d’électricité à partir du pétrole ou du gaz.

 

Les risques si on attend

Y a-t-il un risque à attendre davantage pour sortir des fossiles ? A mon sens, ce risque est énorme. Changer d’infrastructure énergétique prend beaucoup de temps : de 20 à 30 ans. Pour cette transition, nous avons besoin d’énergie. N’attendons donc pas l’épuisement des fossiles pour commencer à changer. Il sera trop tard ! Il y a aussi les coûts énormes du réchauffement climatique. Plus on attend, plus cela deviendra insupportable. Mais, même sans ces considérations, il est déjà plus intéressant économiquement parlant d’accélérer la transition dès aujourd’hui.

L’abandon accéléré des énergies fossiles est le scénario le plus avantageux, parce que les professionnels l’ont calculé ! Par exemple, selon une étude de l’EPFL et de la HES-SO Valais, publiée la semaine passée (2), un système énergétique suisse neutre en carbone et indépendant en 2050 est réalisable en utilisant les énergies renouvelables locales. Et ce n’est pas tout : un tel système coûterait 30 % moins cher à notre pays en 2050, comparé à notre approvisionnement actuel basé principalement sur les fossiles.

 

Les investissements permettent des économies

En matière de réduction des coûts, la principale différence réside dans leur nature : le système énergétique suisse actuel repose principalement sur des importations plutôt que sur des investissements. Or, sur le long terme, ce sont les investissements qui permettent des économies. Les énergies fossiles importées contribuent peu à notre économie suisse en termes d’emplois, mais nous coûtent 8 milliards par an. Les énergies renouvelables produites localement sont gratuites, et créent de nombreux emplois.

Swissbanking (3) a estimé ces nouveaux investissements à 160 milliards de francs sur la période 2020-2050, soit 5,3 milliards par année, ce qui est raisonnable comparé aux 8 milliards de dépenses annuelles pour acheter nos énergies fossiles. Ces investissements vont être rapidement rentabilisés en permettant de réduire notre facture d’énergies fossiles. Plus on attend pour investir, plus on va perdre de l’argent.

 

Un plus avec la loi climat

Le 18 juin, le vote sur la loi climat, en cas d’acceptation, va renforcer les aides fédérales pour les investissements privés dans les constructions économes en énergie fossile et dans les technologies renouvelables ou efficientes. Chaque franc public investi dans un programme d’aide a un effet multiplicateur. La loi prévoit 400 millions d’aides par an. On peut donc s’attendre à des investissements privés trois à cinq fois supérieurs, soit 1,2 à 2 milliards par an. Grâce à cette loi, le tiers des investissements de la transition sera financé ces 10 prochaines années, avec relativement peu d’argent. Le résultat, ce sera de l’énergie meilleur marché, et toute la population va en profiter.

Investir, c’est donc croire en l’avenir. C’est une attitude d’espérance. En tant que chrétiens, nous sommes appelés à refléter un Dieu d’espérance. Personnellement, je crois que cela se manifeste aussi dans la manière dont nous construisons notre avenir énergétique.

Steve Tanner
Ingénieur
Président de l’ONG écologique A Rocha Suisse

Notes
1 Lire ou écouter les sept autres dans l’encadré ci-dessous.
2 RTSinfo, « Neutralité carbone et indépendance énergétique théoriquement possibles d’ici 2050 », 3 juin 2023.
3 Swiss Banking, « Financement de la transition climatique ».

Ecouter la huitième chronique de l’énergie de Steve Tanner: « Combien nous coûtera l’abandon des énergies fossiles ? »


Les 7 chroniques de l’énergie de Steve Tanner, président d’A Rocha Suisse

Voici les sept chroniques sur l’énergie déjà diffusées sur Radio R :


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