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«Le soleil à la place du mazout pour se chauffer… comment ça marche?» (4) par Steve Tanner

25 avril 2023

Le 25 pour cent des énergies fossiles que l’on utilise chaque année en Suisse sert au chauffage des habitations. Pour assurer notre transition énergétique, il importe de changer cela. Dans sa quatrième chronique consacrée à l’énergie, Steve Tanner, ingénieur et président d’A Rocha Suisse, propose des pistes, notamment en lien avec un immeuble vieux de 15 ans ! Une opinion à lire et à écouter sous forme de chronique d’« Un R d’Actu ».

Dans ces chroniques de l’énergie (1), nous examinons ensemble comment il est possible de décarboner notre civilisation. En d’autres mots : comment nous passer totalement des énergies fossiles, pour le climat, mais aussi pour nous rendre moins dépendants de l’étranger. Dans notre dernière chronique (2), nous avons vu comment la voiture électrique permet de réduire d’un tiers les énergies fossiles en Suisse. Alors, comment s’y prendre pour les deux autres tiers ?

Selon la Fondation suisse de l’énergie, cette année la Suisse vit à crédit au niveau énergie depuis le 17 avril. Jusqu’à cette date, nous consommions notre propre production. Depuis ce moment et jusqu’à la fin de l’année, ce sera de l’énergie fossile importée. Cela donne un taux d’indépendance énergétique de 30 pour cent pour notre pays. Ce qui nous place plutôt au bas du classement de l’OCDE : à la 18e place sur 24.

En l’an 2000, cette autonomie était de 20 pour cent. Aujourd’hui, elle a passé les 30 pour cent, grâce au développement des énergies renouvelables, solaire en tête. Grâce à ce même solaire, il est tout à fait possible de vivre en complète autonomie énergétique en Suisse.

 

Se passer des énergies fossiles dans les habitations

Revenons à nos moutons et parlons aujourd’hui de la manière dont nous pouvons nous passer des fossiles dans les habitations. Selon les statistiques, le 25 pour cent de toutes les énergies fossiles que l’on consomme chaque année sert à chauffer les habitations et les bureaux en Suisse. Peut-on vraiment se passer de gaz ou de mazout dans nos maisons ?

En 2008, le premier immeuble locatif de 8 appartements entièrement autonome en énergie a été inauguré à Berthoud près de Berne, un endroit dans la moyenne suisse au niveau ensoleillement. Une moitié du toit de cet immeuble est couvert de panneaux solaires thermiques, et l’autre moitié de panneaux photovoltaïques. Les panneaux solaires thermiques, c’est une vieille technologie : une vitre, sous laquelle sont placés des tôles noires et des tubes en cuivre dans lesquels circulent de l’eau qui chauffe avec le soleil. Cela permet, sur le plateau suisse, de produire chaque année l’équivalent de 40 litres de mazout par mètre carré de panneau. Par exemple, pour une maison bien isolée qui a besoin de 1000 litres de mazout par an, il suffit de poser 50 m² de panneaux thermiques sur le toit pour se chauffer entièrement au soleil.

 

Et l’absence de soleil en hiver ?

Problème : dans notre pays, le rayonnement solaire est présent principalement en été. Donc comment cette maison autonome va-t-elle faire en hiver ? Dans le cas de cet immeuble autonome bernois, le stockage saisonnier de l’énergie entre été et hiver a été résolu de manière très simple : les ingénieurs ont utilisé… de l’eau ! Donc pas de batteries, mais de l’eau ! L’eau est la matière qui a la plus grande capacité à stocker de la chaleur par unité de poids. Un m³ d’eau chauffé de 20 à 90 degrés peut stocker autant d’énergie qu’une batterie au lithium de 700 kg, ou autant d’énergie que 8 litres de mazout. L’immeuble de 8 appartements a donc été équipé d’un énorme réservoir d’eau de 240 m³, pouvant stocker l’équivalent d’énergie de 2000 litres de mazout. Au printemps, en été et en automne, les panneaux thermiques utilisent leur surplus pour chauffer cette masse d’eau, et à l’entrée de l’hiver, l’immeuble a 240’000 litres d’eau à 90 degrés, dans lesquels il puise pour se chauffer jusqu’au printemps. L’immeuble fonctionne depuis bientôt 15 ans, et n’utilise ni gaz, ni bois, ni mazout, ni électricité, et pourtant reste chaud toute l’année.

 

Pourquoi ne pas généraliser cette manière de faire ?

Lorsque nous entendons cela, une question s’impose : pourquoi ne construisons-nous pas toutes nos maisons de cette manière en Suisse ? Cela fait 15 ans que nous aurions pu construire tous nos immeubles et toutes nos maisons individuelles autonomes en énergie. Or, aujourd’hui la loi demande seulement 30 pour cent d’autoproduction. La solution est donc principalement d’ordre politique : il faut des normes de construction au niveau fédéral, cantonal et communal beaucoup plus ambitieuses. En Suisse, nous ne devrions construire que des bâtiments autonomes ou même positifs en énergie.

Dans notre pays, c’est le peuple qui a le dernier mot en matière juridique ! Le 18 juin prochain, nous voterons sur la loi climat qui prévoit justement d’aider au remplacement des chauffages au mazout et au gaz, ceci grâce à plus de 3 milliards de francs d’encouragements. Soutenons donc cette loi. De manière générale, nous avons déjà toute la technologie pour nous passer des énergies fossiles. L’obstacle principal, c’est la résistance au changement, les habitudes en place, et la puissance des lobbys et de certains partis politiques, qui ne veulent pas perdre certains privilèges. Pourtant, l’autonomie énergétique profitera à chaque Suisse. Le soleil est gratuit et tombe sur tous les toits : utilisons-le !

Steve Tanner
Ingénieur
Président de l’ONG écologique A Rocha Suisse

Notes
1 Voici les trois chroniques sur l’énergie déjà diffusées :

2 Voir Steve Tanner: « La voiture électrique » (3).

 

Ecouter la chronique « Un R d’Actu » du 28 avril : « Le soleil à la place du mazout pour se chauffer… comment ça marche ? ».

 


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