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«Décarboner l’aviation, cette idée peut-elle décoller?» (5) par Steve Tanner

5 mai 2023

Dans le processus de transition écologique à laquelle nous sommes appelés, quelle place laisser à l’aviation. Steve Tanner, ingénieur et président d’A Rocha Suisse, montre que la décarbonation n’est pas possible et qu’il importe de limiter nos vols… pour le climat de nos enfants ! A lire et à écouter ici !

L’aviation a mauvaise presse quand il s’agit du climat. Les Suédois ont même inventé le terme « Flygskam », qui peut se traduire par « honte de prendre l’avion ». Cette mauvaise réputation de l’aviation sur notre climat se justifie-t-elle ?

L’aviation mondiale est responsable de 2 % des émissions de CO2. C’est un peu plus que la navigation maritime mondiale, tous types de bateaux confondus. 2 %, cela semble peu, mais les avions émettent des oxydes d’azote et de la vapeur d’eau qui contribuent également au réchauffement climatique. Les scientifiques ont calculé que la contribution réelle de l’aviation sur le réchauffement climatique est de l’ordre de 4 %, ce qui reste marginal, somme toute. Alors pourquoi l’aviation est-elle autant décriée ? On n’entend pas parler de la même honte de la voiture, qui est pourtant responsable de 10 à 12 % du réchauffement du climat.

 

Deux problèmes de fond

En fait, il y a deux problèmes de fond avec l’aviation. Le premier, c’est la croissance exponentielle du trafic aérien mondial, qui a triplé en 30 ans. Si aucun effort n’est fait pour le contenir, il sera responsable non pas de 4 % des émissions dans trois décennies, mais de 20 %. Il est donc nécessaire de stopper cette croissance pour ne pas mettre en péril tous les efforts consentis pour le climat dans d’autres domaines. Le deuxième problème avec l’aviation, c’est que cela reste en grande majorité un usage non indispensable, de l’ordre du superflu. Dans 90 % des cas, on recourt à l’aviation pour les vacances. Il est donc normal que l’on cherche à réduire les émissions de ce mode de transport, avant de réduire les émissions d’autres domaines vitaux comme l’agriculture, les transports de marchandises, ou la mobilité personnelle pour aller travailler.

 

Décarboner l’aviation ? Impossible

Dans une précédente chronique (), nous avons vu qu’il est possible de décarboner quasi totalement les transports publics et la mobilité individuelle. Est-ce aussi possible pour l’aviation ?

Pour la faire courte : non ! Ce n’est pas possible. Tout d’abord, on peut oublier la propulsion électrique, qui est et restera impossible pour les moyennes et les grandes distances. L’hydrogène n’est pas non plus une solution, car ce carburant n’est pas adapté pour être stocké dans un avion. La seule manière de faire voler nos avions est et restera : les hydrocarbures liquides ou liquéfiés. Chaque jour, l’aviation engloutit un milliard de litres de kérosène, c’est le double de ce que l’humanité produit en huiles végétales. On voit donc que c’est impossible de remplacer les énergies fossiles par des biocarburants ou du recyclage d’huile de friture par exemple.

 

Et les carburants de synthèse ?

Certains se demandent si les fameux carburants de synthèse obtenus à partir du soleil pourront remplacer le kérosène fossile. Cette option soulève beaucoup d’espoir pour décarboner l’aviation. Alors comment ça marche ? On prend du carbone à partir du CO2, et de l’hydrogène à partir de l’eau, puis on les recombine pour former du méthane. Cela s’appelle la méthanation. Le principal procédé industriel utilise l’électricité comme source d’énergie, à partir de laquelle on produit de l’hydrogène par électrolyse, que l’on fait réagir avec du CO2 capturé de l’atmosphère ou provenant d’un rejet de combustion. Avec le méthane ainsi obtenu, on peut synthétiser des molécules d’hydrocarbures plus grosses comme le kérosène.

Donc on fabrique du kérosène à partir du soleil, mais attention : le rendement global est de 25 %. Un petit calcul nous montre que si nous voulions produire de cette manière assez de kérosène pour faire voler les citoyens suisses, qui parcourent chaque année 50 milliards de kilomètres en avion, la production actuelle de l’électricité de la Suisse ne suffirait pas ! Il faudrait construire 5 nouvelles centrales nucléaires, ou multiplier la surface actuelle des panneaux solaires par 20, et consacrer toute leur production au seul secteur aérien.

 

Voler : un événement une fois tous les 5 ans !

Décarboner l’aviation est donc irréalisable. En tout cas l’aviation actuelle, avec ses 360 milliards de litres de kérosène annuels, est impossible à décarboner. Il faudrait réduire fortement le volume passager, d’un facteur 3 à 5, pour être dans le faisable pour pouvoir produire assez de kérosène vert pour avoir la conscience tranquille en avion. En attendant, ce que nous pouvons faire, c’est réduire nos vols en avion, par exemple une fois tous les 5 ans, et davantage passer nos vacances en Europe, où on peut voyager en train ou en voiture familiale.

Redonnons à l’aviation ses lettres de noblesse : un événement exceptionnel qui ne se vit que quelques fois dans une vie. Et profitons-en au maximum. Pour le climat de nos enfants ! Ils nous en seront reconnaissants !

Steve Tanner
Ingénieur
Président de l’ONG écologique A Rocha Suisse

Notes
1 Voici les quatre chroniques sur l’énergie déjà diffusées :

2 Voir Steve Tanner: «Pourquoi la voiture électrique va-t-elle s’imposer?» (3)

Ecouter la chronique « Un R d’Actu » du 5 mai : « Décarboner l’aviation, cette idée peut-elle décoller ? » (5) par Steve Tanner.


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