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Des enseignants romands face aux fêtes chrétiennes avec notamment Benjamin Roduit

23 mars 2023

De l’extérieur, nombre de personnes ont l’impression que les écoles ne font pas leur travail de transmission d’un minimum de connaissances en lien avec les fêtes chrétiennes. Pour le journal gratuit « Quart d’heure pour l’essentiel », Serge Carrel a rencontré trois enseignants romands qui rendent compte de leur marge de manœuvre en classe par rapport à une transmission qui ne peut être que culturelle et non catéchétique. Témoignages à lire et à écouter dans une émission « Un R d’Actu » sur Radio R.

« Avec l’évolution de la société actuelle, il est de plus en plus difficile de parler des fêtes chrétiennes à l’école. » Eliott enseigne dans le Jura bernois. Il a l’impression que « c’est devenu le sujet tabou du moment ». Lorsqu’il considère son expérience de près de 20 ans dans l’école bernoise, il souligne que l’évocation des fêtes religieuses qui marquent notre calendrier dépend du contexte des écoles. Dans une ville très pluriculturelle, il lui a paru souhaitable de renoncer à suggérer à des élèves de dessiner des « dessins de Noël » et à préférer l’appellation « dessins d’hiver ». Les résistances émanaient plutôt d’élèves d’arrière-plan musulman, qui se disaient heurtés dans leur sensibilité religieuse et qui n’avaient aucune envie de faire quelque chose en lien avec une fête chrétienne.

Il y a une dizaine d’années, Eliott a changé d’établissement scolaire. La région dans laquelle il enseigne aujourd’hui est plus rurale. L’an dernier, les élèves ont interprété une crèche vivante à l’initiative des enseignants, avec même des chants chrétiens comme « Voici Noël ». « Dans mon discours d’introduction à cet événement, explique-t-il, j’ai essayé de tisser quelques parallèles entre Jésus, sa naissance et les élèves en restant très historique. Donc tout dépend de la manière dont on aborde le sens de ces fêtes. »

 

Des quizz sur smartphone pour mieux connaître le sens des fêtes

Antoinette vit dans le canton de Vaud. Enseignante en langues à des élèves de 14 à 18 ans, elle organise volontiers peu avant les vacances en lien avec des fêtes chrétiennes des quizz avec l’application Kahoot ! A Noël ou Pâques, elle mélange les questions culturelles aux questions plus religieuses. Par exemple : « D’où vient la tradition des sapins de Noël ? » ou « Où Jésus est-il né ? » C’est l’occasion d’enseigner et de vérifier que ses élèves disposent d’un minimum de connaissances du sens des fêtes chrétiennes. Les résultats ne sont guère brillants. Nombre d’élèves font preuve de peu de culture religieuse. « Comme ils en ont peu en matière historique, s’empresse-t-elle d’ajouter. A mon sens, mes élèves font preuve de peu d’intérêt pour ce qui est en dehors de leur sphère d’intérêt immédiate. » L’enseignement de l’allemand ou de l’anglais lui permet encore d’évoquer les origines de la Saint-Nicolas ou le « Martin Luther King Day ». « A l’occasion de cette journée spéciale aux Etats-Unis, j’aime bien faire écouter à mes élèves un extrait du fameux discours ‘I Have A Dream’ et parler de ce pasteur baptiste. » En fait, constate-t-elle, les enseignants disposent d’une certaine marge de manœuvre pour aborder certains thèmes à connotations religieuses. « Beaucoup n’ont pas de convictions dans ce domaine et se demandent bien pourquoi ils mettraient en avant des sujets qui ne font pas sens pour eux. »

 

Des pans entiers de la culture inaccessible !

« La culture chrétienne est indispensable pour la compréhension de notre monde aujourd’hui. » Benjamin Roduit est conseiller national valaisan. A côté de son mandat à Berne, il enseigne toujours à 30 pour cent au Collège des Creusets à Sion, un collège dont il a été le directeur pendant une quinzaine d’années. « En tant que professeur de littérature, il y a certains poèmes de Baudelaire que je ne peux plus aborder parce qu’il faut au moins 45 minutes pour les introduire. » Le conseiller national valaisan pense au « Reniement de saint Pierre » des « Fleurs du mal ». « Ce texte, comme tous les poèmes de ce recueil, est sublime, mais si l’on ne bénéficie pas d’un minimum de culture chrétienne, on ne comprend plus les messages qui nous sont livrés à travers les âges. Et même notre propre langue renferme des expressions que l’on ne peut comprendre qu’avec un arrière-plan culturel chrétien. » En tant que professeur de lettres et d’histoire, Benjamin Roduit considère qu’il est du devoir des enseignants de transmettre des clés aux plus jeunes pour bien comprendre la culture d’aujourd’hui, afin qu’ils puissent se sentir à l’aise pour l’apprécier… ou la critiquer.

 

Culturel et non catéchétique !

Chrétien convaincu, Benjamin Roduit aime rappeler néanmoins qu’il n’est ni prêtre, ni pasteur, mais enseignant. A ce titre, lorsque la compréhension d’un événement historique ou culturel l’exige, il n’hésitera pas à présenter le sens des fêtes chrétiennes. Mais comme il le fait par rapport à des idéologies tels que le marxisme ou le libéralisme, sans laisser entrevoir de quel côté il se situe. « Dans le cadre d’un cours, je n’ai pas à laisser transparaître de manière explicite que ce soit ma foi, ma vie privée ou d’autres dimensions intimes qui relèvent de ma personne. Ce serait du prosélytisme et, en tant que recteur du Collège des Creusets, je n’aurais jamais accepté cela de la part d’un enseignant. »

Benjamin Roduit comprend que certains enseignants se montrent très réservés par rapport au rappel de la signification des fêtes chrétiennes, mais il considère qu’ils font « fausse route ». En invoquant une forme de tolérance qui souhaiterait que l’on ne parle plus du sens des fêtes chrétiennes, ces enseignants font la part belle à des « milieux laïcisants voire athées, qui réclament la suppression de l’ensemble de ces fêtes et qui souhaiteraient les remplacer par des fêtes laïques. » Ce qui dans le contexte helvétique actuel n’a pas lieu d’être !

Serge Carrel

Note
1 Voici aussi l’autre article de Serge Carrel pour « Quart d’heure pour l’essentiel » : « Suisse romande : les fêtes chrétiennes ont leur place dans l’enseignement public, mais d’un point de vue culturel ! (Avec Nathalie Jaunin) ».

Ecouter l’émission « Un R d’Actu » du 21 mars avec Benjamin Roduit, enseignant et conseiller national, et Nathalie Jaunin, directrice générale adjointe à la Direction générale de l’enseignement obligatoire du canton de Vaud.


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