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Genève : «Pour une laïcité d’ouverture dans l’affaire des baptêmes» par Jean-René Moret

24 août 2022

A Genève cet été, deux Églises ont été interdites de célébrations de baptêmes dans le lac par les autorités cantonales. Jean-René Moret, pasteur d’une des Églises concernées, l’Église évangélique de Cologny (FREE), réagit à cette interdiction.

Depuis 2’000 ans, l’engagement dans la foi chrétienne a été marqué par le signe du baptême. Ce signe marque le renoncement aux mauvaises actions, le choix de suivre les enseignements de Jésus-Christ et la confiance placée en lui. Dès le temps de Jésus, des croyants ont été baptisés dans des points et cours d’eau naturels. Cette pratique a aussi eu lieu de longue date dans le lac Léman sans susciter d’esclandre, mais la possibilité en a récemment été déniée à deux Églises évangéliques. Dans leur grande majorité, les Églises évangéliques baptisent exclusivement des personnes en âge de raison, considérant que l’engagement chrétien ne peut résulter que d’un choix personnel et responsable. Baptiser des adultes est une pratique de toutes les Églises, la singularité évangélique est de ne pas baptiser de nourrissons.

 

Un règlement d’application restrictif

Pourquoi donc l’interdiction de baptiser au lac, et pourquoi est-elle problématique ? A Genève, la Loi sur la Laïcité de l’État avait exclu en principe les manifestations cultuelles sur le domaine public, dont le lac et les cours d’eau font partie, mais avait été dans un premier temps appliquée avec souplesse et grandes déclarations d’ouverture, en accordant les autorisations demandées. Est entré en vigueur récemment un règlement d’application, qui restreint la possibilité de demander une autorisation pour une manifestation cultuelle aux seules communautés religieuses qui ont demandé à établir une relation avec l’État et signé des engagements spécifiques. En conséquence, toutes les autres communautés religieuses se verront refuser toute autorisation, sans autre examen. Or le Tribunal fédéral reconnaît que la tenue de manifestations cultuelles dans le domaine public ressort de la liberté religieuse garantie par la constitution, et qu’une interdiction de principe était disproportionnée. Il est alors choquant qu’un règlement de l’État mette des conditions au fait d’évaluer l’application d’un droit fondamental.

 

Une compréhension « fausse » de la laïcité

Nous voilà donc dans le cas regrettable et malheureusement pas nouveau où Genève, la cité des droits de l’homme, empiète sur ces derniers. En cause, une compréhension fautive de la laïcité, qui voudrait cantonner tout vécu religieux dans la sphère privée. La laïcité signifie que l’État doit être neutre religieusement. Mais le domaine public est à tous, l’État en administre l’usage en accord avec les droits et libertés de chacun. L’État n’est pas engagé par ce qu’il autorise dans le domaine public.

D’autre part, il est demandé aux « religieux » la maturité d’accepter le blasphème, et que leurs croyances soient ridiculisées publiquement. Ne serait-il pas juste d’attendre des incroyants la maturité de supporter que les croyances des autres soient exprimées et visibles, même si cela devait déranger ?

Finalement, voulons-nous des libertés fondamentales qui ne s’appliquent qu’à ceux qui ont les « bonnes » (in-)croyances, ou bien un État réellement neutre et impartial entre croyants divers et incroyants en tous genres ?

Jean-René Moret, pasteur dans l’Église évangélique de Cologny (GE)

 


 

D’autres articles autour de cette interdiction de baptêmes au lac

RTS, « A Genève, l’interdiction des baptêmes évangéliques dans le Léman met le feu au lac », 20 juillet 2022.
Raphaël Pomey, « La chasse aux chrétiens a débuté », En enfer, il y a, 20 août 2022.


 


Les opinions du lecteur
  1. dubuis   le   26 août 2022 à 12:58

    Le lac de Genève, un lac laïque
    Pratiqués quelques fois sur ses rives mais désormais interdits, les baptêmes par immersion viennent de tomber à l’eau ! Pourtant ordonnés par le Christ lui-même, attenteraient-ils à « la neutralité religieuse de l’État », votée en 2019, et à son application que les instances officielles contrôlent scrupuleusement. Au bas du lac, l’eau peut servir à la pêche, au bronzage, à la voile et, en l’absence de voile… au bi ou au monokini, aux sports nautiques, aux transports lacustres, aux pique-niques et autres distractions… Mais depuis l’introduction de la nouvelle ordonnance, portée à l’origine par le conseiller d’État Pierre Maudet, l’interdiction est faite à tout un chacun d’occuper « l’espace public » en y faisant apparaître des signes d’appartenance religieuse. Or les chrétiens ne sont pas adversaires, par principe, de la laïcité dans son sens premier. Que celle-ci serve donc à sauvegarder la paix confessionnelle, soit ! Mais nullement à restreindre le droit de faire connaître et de mettre en pratique des propos de valeur, à portée spirituelle ! Quelle est la finalité d’une telle restriction ? Ne supporterait-on absolument plus l’annonce du salut en Jésus-Christ, de sa résurrection, de la vie éternelle offerte par lui et de l’établissement d’une nouvelle humanité au sein de l’ancienne ? « Post ténébras lux » : après les ténèbres, la lumière » : Genève maintient-elle sa devise datant du 16e siècle, gravée sur le Mur des Réformateurs ? Ce qui fut longtemps l’espoir des peuples et des pauvres serait-il soudainement devenu subversif et malfaisant ? Dans un monde très troublé, n’empêchons pas ceux de nos contemporains qui y aspirent de percevoir le message universel ayant le pouvoir de leur rendre une véritable espérance.

    Paul Dubuis
    Château-d’Oex

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