En Suisse, la solidarité à l’endroit de l’Ukraine et des réfugiés de guerre ukrainiens est extraordinaire. De nombreuses personnes se mobilisent pour offrir qui des denrées diverses, qui de l’argent et qui un accueil à domicile des personnes originaires de ce pays. Le 7 avril, « Un R d’Actu » sur RADIO R a reçu trois femmes à même de préciser les conditions d’un bon accueil de ces réfugiés.

 « Les Ukrainiens mangent beaucoup de soupes et de repas liquides. Le bortsch est notre plat national ! » Anna Lianna Monnier est psychologue. Cette Ukrainienne, installée sur l’arc lémanique depuis 7 ans, est bouleversée par ce qui arrive à son pays. Avec son mari, elle a accueilli chez elle une partie de sa famille et elle se mobilise pour faciliter l’accueil d’autres familles ukrainiennes en Suisse. Pour elle, le partage de repas en commun entre famille d’accueil et réfugiés est important… mais « le meilleur, c’est de donner aux nouveaux arrivants un accès à sa cuisine pour que les réfugiés puissent assurer leur propre repas et être libres de continuer à manger comme ils en ont l’habitude. »

Jessica Fragnière tempère quelque peu le propos de la psychologue ukrainienne. La responsable de l’hébergement de réfugiés chez des particuliers à l’EVAM, l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants, relève qu’il est important de donner des tendances qui permettent de comprendre les références culturelles des uns et des autres, mais que chacun est différent et chaque situation aussi.

« Ne pas avoir de projets pour l’autre ! »

« Le plus important, c’est de ne pas avoir de projets pour l’autre ! » Au-delà des questions pratiques, c’est pour Jessica Fragnière la disposition de base que devrait afficher tout couple ou toute famille qui accueille. Elle ajoute qu’il importe pour ces familles de prendre du temps pour développer une relation. « Cela ne se fait pas tout de suite ! » martèle-t-elle.

Même conseil du côté d’Odile Favre de la région de Payerne ! Avec son mari, elle s’est inscrite auprès de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) et de l’association chrétienne suisse alémanique « Kirchen-helfen » pour accueillir des ressortissants ukrainiens. « Avoir du temps, c’est indispensable, commente celle qui, sur plus de quatre ans, a accueilli tour à tour deux jeunes Erythréens et un Afghan à domicile. Il importe d’inscrire cet accueil dans la durée. » Les trois mois minimum demandés par les autorités responsables de l’accueil de réfugiés lui paraissent insuffisants. Il faut du temps pour apprendre le français et pour s’insérer dans un tissu relationnel qui ne soit pas uniquement celui de compatriotes. Chez les Favre, le jeune réfugié qui a passé le moins longtemps à leur domicile y est resté pendant une année.

Définir un cadre de cohabitation clair

Pour Jessica Fragnière, il est aussi important que les règles de la cohabitation entre une famille suisse et une famille ukrainienne « se définissent ensemble… et le reste suivra ! » Pour Odile Favre, chaque couple ou chaque famille qui accueille doit connaître ses limites. « Par rapport aux deux ou trois Ukrainiens que nous pourrions accueillir chez nous, nous avons décidé que l’on n’accueillerait pas de femme avec des enfants qui ne sont pas en âge de scolarité. Nous travaillons tous les deux à domicile et nous voulons garder une certaine capacité à travailler, même s’il y a des enfants ! »

Au-delà des questions alimentaires, la psychologue Anna Lianna Monnier invite les familles d’accueil à prendre conscience qu’elles ont en face d’elles des gens « très traumatisés par la guerre, parce que ce qui s’est passé est tellement brutal ». Des personnes qui semblent afficher des comportements normaux peuvent être, intérieurement, profondément affectées. « Au point qu’il est difficile de parler et de sourire. Parfois, les personnes accueillies peuvent se mettre subitement à pleurer… Que les familles d’accueil puissent être conscientes de cela est important. »

Jessica Fragnière fait chorus avec la psychologue ukrainienne. « C’est vrai que, du côté de l’EVAM, l’attribution d’Ukrainiens à des familles d’accueil prend du temps, mais l’idée est de suivre chacune des familles, de répondre aux différentes questions des deux parties et de faire en sorte que les deux familles ne se retrouvent pas seules face à leurs questions. »

Chez Odile Favre, on patiente. « Trois familles se sont annoncées pour venir chez nous. Une s’est arrêtée à Bienne, une autre a poursuivi son chemin jusqu’à Lausanne et la dernière n’est jamais arrivée ! Le jour où ils seront là, nous serons prêts ! » lâche cette praticienne de l’accueil longue durée, un sourire dans la voix.

Serge Carrel

Plus d’info sur : « L’accueil des personnes fuyant la guerre en Ukraine », EVAM. 

 

Ecouter l’émission « Un R d’Actu » du 7 avril avec Jessica Fragnière, Odile Favre et Anna Lianna Monnier.