Jéthro est une ONG chrétienne neuchâteloise. Elle s’investit dans l’aide aux paysans du Burkina Faso grâce notamment à Claude-Eric Robert, paysan bio dans le Jura neuchâtelois et président de l’association. Cette aide d’agriculteurs à agriculteurs permet de répondre à l’Objectif de développement durable no 13: « Prendre des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions ». Une interview d’« Un Air d’Actu » à lire et à écouter.

« A l’heure actuelle, le Burkina Faso est confronté à une erreur agricole, analyse Claude-Eric Robert, paysan bio dans le Jura neuchâtelois et président de l’ONG Jéthro. Les causes de la situation alimentaire difficile de ce pays ne se résument pas seulement au réchauffement climatique, mais aussi à la divagation des troupeaux, au fait qu’on laisse chèvres et vaches brouter où bon leur semble. » Ce pays a de plus fait un bond démographique en passant en quelques décennies de 2 millions d’habitants à 21 millions aujourd’hui. Les espaces de cultures doivent être redéfinis et protégés, afin que la population puisse subvenir à ses besoins en nourriture et lutter contre la désertification du territoire.

Une école pour l’agriculture durable
Jéthro Suisse, en collaboration avec son pendant Jéthro Burkina Faso, a ouvert une école venant en aide aux paysans. En période sèche, cette école forme à l’agriculture biologique une cinquantaine d’élèves dont quelques personnes analphabètes. En 1999, lors du premier contact de Claude-Eric Robert avec la réalité agricole burkinabée, il avait fait la démonstration à des agriculteurs-responsables d’Eglise des techniques de fauche de l’herbe, de son séchage et de son conditionnement. Une chambre d’étudiant de l’école biblique dans laquelle Claude-Eric Robert avait donné son premier cours de fauchage, avait même été transformée en grange pour l’occasion. Il s’agissait de faire naître un cercle vertueux d’actions amenant à un futur agricole meilleur et durable. On récolte l’herbe de la brousse pour nourrir les animaux durant la saison sèche, les animaux fournissent du fumier, puis ce fumier est composté et aide les cultures à pousser.

Le lien, c’est le travail de la terre
« Aujourd’hui, 85% de la population burkinabée est paysanne, mais cette profession est malheureusement méprisée et stigmatisée », relève Claude-Eric Robert. Dans ses contacts avec les paysans burkinabés, le paysan retraité du Jura neuchâtelois a remarqué que les discussions entre paysans du Nord et du Sud étaient différentes de celles développées avec les ingénieurs agronomes. Un vrai échange de pairs à pairs ainsi qu’une amitié se sont construits entre les élèves et les membres de l’ONG. « Les paysans burkinabés ont compris que les Occidentaux ne travaillaient pas tous dans des bureaux, que nous aussi, nous connaissions le travail de la terre ! »

Le zaï et une ferme laitière
Outre la lutte contre la divagation des animaux qui entraîne la destruction des cultures et des forêts, Jéthro encourage aussi sur place le zaï, le fait, sur les champs, de creuser de petites cuvettes en quinconce, d’y mettre du compost et d’y semer des graines. Par ailleurs clôturer les champs par des haies de végétation naturelle et par du grillage permet d’éviter les ravages de la divagation des animaux et la désertification des sols.
L’ONG Jéthro a un autre projet intéressant : une ferme laitière avec une dizaine de vaches de race brune. Après des débuts difficiles, c’est la rencontre d’un inséminateur de bétail à l’aéroport du Burkina Faso qui a permis à ce projet de décoller. « Ce pays a un grand besoin de relocaliser sa production laitière, explique Claude-Eric Robert. Ces dernières années, le lait provenait d’Europe et il était de très mauvaise qualité. Ce qui nous fâche, alors que le pays abrite des agriculteurs peuls qui font de l’élevage de bétail. » Grâce à l’inséminateur rencontré à l’aéroport de Ouagadougou, Jéthro est en train de métisser une vache brune qui supporte des pics de chaleur de 40 degrés et qui pourrait approvisionner le pays avec du lait local.

Un appel à partager
L’objectif de l’ONG chrétienne Jéthro au Burkina Faso est simple : « Etre dans un village et contribuer au bien de toute la population ». Son président, Claude Eric Robert a entendu en 1999 un appel à « partager ce qu’il a », lors de son premier voyage dans ce pays. Agriculteur toujours passionné à 70 ans, il continue à se mettre au service de la population de ce pays pour encourager sur place une agriculture durable et lutter contre l’impact des changements climatiques.
Laura Kropf-Bourdet

Ecouter l’émission « Un R d’Actu » avec Claude-Eric Robert, président de l’ONG Jéthro, autour de l’Objectif de développement durable no 13.