Réfugié en Suisse depuis plusieurs années, Hekmat Homsi met en lien Orient et Occident au travers de l’histoire de la musique. Le jeune compositeur syrien est venu en parler au micro de Christine Reymond dans l’émission VIP, le jeudi de 9h à 10h dans « L’R de Rien » sur RADIO R.

La musique a toujours été ta passion, Hekmat?

Oui, mais suite à la guerre en Syrie et au choc culturel à mon arrivée en Suisse, je n’ai plus fait de musique pendant trois ans, car je ne me sentais pas bien du tout. Puis j’ai recommencé la guitare au Conservatoire à Neuchâtel et cela m’a ouvert la porte à la société suisse, au milieu musical et à la vie professionnelle ensuite. Voilà ce qui m’a « remis en vie ».

En plus de tes études de musique, tu as créé une association culturelle…

A mon arrivée en Suisse, j’ai remarqué qu’en Europe, l’image de la Syrie se limitait à la guerre. Ce qui est normal, ça ne m’a pas blessé. Mais je ne trouvais pas juste de résumer toute l’histoire de la civilisation syrienne à la seule guerre. Voilà pourquoi nous avons décidé, avec deux amis syriens, de créer l’association SuisSyria pour tisser des ponts culturels entre les sociétés suisse et syrienne, par exemple au travers de concerts.

Les choses difficiles que tu as vécues depuis la guerre en Syrie ont-t-elles fait « souffrir » la foi que tu as en Dieu?

Non, elles m’ont poussé à chercher encore plus. La souffrance nous amène à nous questionner sur notre passé, notre présent et notre futur. En cela, elle peut nous enrichir. Mais en regard de ce que les Syriens subissent aujourd’hui encore, ma souffrance est incomparable. Bien des gens ont dû suivre de longs chemins pour se réfugier en Europe ; ça n’a pas été mon cas. Ma souffrance personnelle m’a poussé à réfléchir aux raisons qui ont causé cette guerre, et elle m’a aidé à mieux comprendre l’histoire syrienne, celle des civilisations du Moyen-Orient et l’Histoire mondiale, finalement. Mais je n’ai jamais lié la souffrance humaine – ou les décisions humaines – à Dieu. Car ce n’est pas lui qui crée les groupes extrémistes qui attaquent les villes et les villages : c’est l’humain! Revenons donc plutôt à l’humain et essayons de le comprendre, plutôt que d’attribuer toutes les mauvaises choses du monde à Dieu, qui n’a rien à voir là-dedans. C’est l’humain qui a toute liberté de choisir le bon ou le mauvais chemin. C’est à nous de choisir!

Propos recueillis par Christine Reymond

Ecouter l’émission VIP avec Hekmat Homsi.