Il existe une expression française qu’on utilise pour féliciter quelqu’un pour son attitude bienveillante. “Tu es bon comme du bon pain”. J’aime la mélodie qui ajoute de la saveur à cette expression lorsqu’on la dit en italien : “sei buono come un pezzo di pane”.

Je vous offre une recette sicilienne toute simple. Prenez un demi-kilo de pain chaud, vous le coupez à moitié dans sa partie longue. Assaisonnez les deux parties avec de l’huile d’olive extra vierge, puis ajoutez une pincée de sel et d’origan. Fermez les deux côtés en les pressant puis, partagez-le avec vos amis. Vous goûterez la joie du partage et du bon pain assaisonné, ou pane condito. C’est ainsi qu’on appelle le pain assaisonné dont on garde, encore aujourd’hui dans certains villages et villes de Sicile, le rite du partage de la joie.
Je vous dirai plus loin d’où vient cette tradition de générosité et d’amitié, qui me fait penser au jour où des milliers de personnes qui avaient suivi Jésus, étaient fatiguées et n’avaient plus rien à manger. Et Jésus, qu’a-t-il fait ?
13 Jésus partit de là dans une barque pour se retirer à l’écart dans un endroit désert; l’ayant appris, la foule sortit des villes et le suivit à pied. 14 Quand Jésus sortit de la barque, il vit une grande foule et fut rempli de compassion pour elle, et il guérit les malades.
15 Le soir venu, les disciples s’approchèrent de lui et dirent: «Cet endroit est désert et l’heure est déjà avancée; renvoie la foule, afin qu’elle aille dans les villages pour s’acheter des vivres.» 16 Jésus leur répondit: «Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger!» (Matthieu 14 : 13-16)

Une question rationnelle et une réponse imprévisible
Jésus venait d’apprendre que le roi Hérode avait exécuté son cousin et ami de mission, Jean Baptiste. Triste, endeuillé, il désire rester seul et, avec ses disciples, il décide de s’en aller dans un lieu désert, de l’autre côté du lac. Bientôt une foule de personnes le rejoint et il ne peut pas s’empêcher de guérir les malades. Le soir venu, les disciples demandent à Jésus la permission de renvoyer la foule à la maison. Tous ces gens sont affamés et il n’y a pas de commerces pour s’acheter à manger. Jésus étonne ses amis, il les bouleverse, alors qu’il leur dit : «Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger!»
La question de Jésus n’est pas rationnelle et sa réponse non plus. Comment donner à manger à des milliers de personnes ? Même s’il y avait de l’argent, il n’y avait pas de magasin pour faire les courses, dans les alentours. Les disciples de Jésus ont sûrement pris du temps pour donner une réponse. Ils ont dû questionner tout le monde, à la recherche de nourriture. Le résultat n’est pas surprenant: il n’y a pas de pain pour donner à manger à cette foule affamée. Dans la crainte d’un reproche, ils n’oublient rien pour mettre Jésus face à l’évidence des faits.
17 Mais ils lui dirent: «Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons.»
Que veux-tu faire avec si peu ? On n’a pas assez ; on n’a pas les moyens ; on est loin de la situation idéale. Bref, toutes ces circonstances soulignent concrètement les limites objectives face à une situation qui pourrait se transformer en un sérieux problème.

De la misère à l’abondance
Les disciples ne se sentent pas frustrés, ils ont tout étudié et ils sont sûrs qu’il n’y pas de solution. Mais lorsqu’ils annoncent à Jésus n’avoir que cinq pains et deux poissons, Jésus leur dit :
18 «Apportez-les-moi ici», leur dit Jésus. 19 Il fit asseoir la foule sur l’herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux vers le ciel et prononça la prière de bénédiction. Puis il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule. 20 Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient. 21 Ceux qui avaient mangé étaient environ 5000 hommes, sans compter les femmes et les enfants. (Matthieu 14 : 17-21)

Chacun des disciples retourne vers Jésus avec un panier plein de restes de pain et de poisson. Incroyable! Ils sont passés de la misère à l’abondance, de la pénurie au superflu, mine de rien! Ils ont goûté aussi le pain assaisonné que Jésus a préparé pour nourrir tout le monde. Oui, on peut bien dire que Jésus a été “bon comme du bon pain” pour tous ces gens.
Ce récit, chers amis, nous propose une réflexion intéressante sur la gestion de nos émotions face aux durs défis et aux difficultés insurmontables. En général, il peut nous arriver de faire face à des sentiments de frustration, de honte et parfois de colère, qui nous mettent en fuite. Si vous êtes dans des situations compliquées, n’hésitez pas à vous souvenir de celui qui est “ bon comme du bon pain” : il pane condito.

Directions obligées
Jésus regarde dans des directions que les disciples n’arrivent pas à capter. Tout d’abord, il regarde la foule et ressent en lui-même un sentiment de compassion. Par ses émotions, il ressent de la tendresse et il écoute les besoins des gens. La foule est fatiguée, affamée. Jésus les regarde avec des yeux pleins de compréhension et d’encouragement. Les disciples, en revanche, ne voient que des gens qui doivent rentrer chez eux, car il n’y a plus rien à prendre. La journée est terminée, ils peuvent et doivent rentrer dans leurs villages. Deuxièmement, lorsque Jésus prend les cinq pains et les trois poissons, il lève son regard vers le ciel pour invoquer la bénédiction qui se traduira dans une multiplication abondante. Les disciples se sont précipités à la recherche des données nécessaires à confirmer leurs convictions: il n’y a pas de quoi manger, ici. Ils ont regardé dans toutes les directions, en oubliant de regarder vers le haut. C’est de là que vient la bénédiction.

Le partage de la joie
Chers amis, prenez le temps de regarder vers le haut! Il se peut que ce soit de là que vienne la solution à vos difficultés.
Selon ce que mes parents m’ont raconté, le partage de la joie, il pane condito qu’on partagé avec les autres, remonte à la période de l’après-guerre. Beaucoup de gens se sont trouvés dans le besoin et dans la misère. C’est pourquoi on a partagé le pain chaud et assaisonné. Il y avait même des fours à bois qui produisaient plus de pain pour faire le partage de la joie. C’était peut-être, pour certaines personnes, le seul repas de la journée.
Chers amis, la solidarité est nécessaire pour rendre notre société plus juste et équitable. Si vous voulez donner, faites un geste de partage de la joie! Regardez en haut! C’est de là que vient la bénédiction.

Pasteur Daniele Zagara
daniele@radio-r.ch

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