Saint-Loup en Suisse romande, c’est synonyme pour beaucoup d’une communauté de sœurs protestantes qui, depuis 1842, se sont beaucoup investies dans le développement des soins hospitaliers et à domicile. Aujourd’hui, cette communauté installée tout près de La Sarraz se dessine de nouvelles perspectives. Notamment au travers d’un appel lancé à un pasteur évangélique.

La pandémie de covid-19 que nous traversons depuis mars 2020 entraîne parfois de bonnes surprises. Sans culte dominical, à cause du confinement, les diaconesses de St-Loup près de La Sarraz (VD) ont commencé à regarder sur Youtube les cultes de l’Eglise évangélique de Châble-Croix (FREE) à Aigle. Elles se sont prises au jeu et pendant plusieurs semaines, elles ont fait connaissance de cette communauté… et de l’un de ses pasteurs : Philippe Bottemanne.

Tout naturellement, les sœurs ont fait appel à ce pasteur pour assurer la « reconstitution d’une nouvelle communauté sur le plateau de Saint-Loup ». Le projet que doit conduire avec d’autres le pasteur Bottemanne est ambitieux. Il s’inscrit dans la veine de ce qu’ont apporté les sœurs de Saint-Loup depuis 180 ans au canton de Vaud et à la Suisse romande. Ainsi, à partir de 2025, date à laquelle les Établissements hospitaliers du Nord vaudois (eHnv) devraient quitter le site, les locaux laissés libres vont permettre de donner naissance à un « village thérapeutique » avec toutes sortes de PME impliquées dans l’accompagnement et le soin des personnes : une garderie, la confection de repas livrés à domicile, une boulangerie… De plus, la construction de l’école cantonale pour les assistantes en soins communautaires (ASSC) est en projet.

Une vie communautaire ouverte aux couples et aux familles

A côté de son mandat d’accompagnement des sœurs, le pasteur Philippe Bottemanne a pour tâche de reconstruire une communauté dans un contexte où les vocations de sœurs-diaconesses ont drastiquement diminué ces dernières années. « La vision s’est donc élargie à d’autres célibataires qui ne devront pas souscrire à des vœux comme le font les sœurs, ainsi qu’à des couples et des familles. Nous aimerions constituer une sorte de fourmilière relationnelle avec des jardins et des animaux pour permettre à des personnes en reconstruction de trouver là une sorte d’école de vie avec un accueil bienveillant. Le tout sera rythmé par des offices trois fois par jour. »

Suite à un retravail de la vision

C’est en 2018 que Sœur Lucienne Wehrle et Anne-Lise Sprunger, présidente du comité de pilotage, ont commencé à retravailler la nouvelle vision de la Communauté de Saint-Loup. Ce faisant, elles ont décidé d’intensifier l’accueil de groupes et de personnes désireuses de retraite et d’approfondissement spirituel dans une perspective chrétienne. La sollicitation de Philippe Bottemanne est apparue comme une évidence au moment où les sœurs ont commencé à chercher un pasteur à même d’inscrire l’ensemble de la démarche dans une perspective spirituelle. Pour ce pasteur évangélique, « ce projet fait sens et il a une grande importance pour notre époque, lorsque l’on considère le nombre de personnes qui ont besoin d’un lieu comme celui-ci. Notre société post-chrétienne a aujourd’hui plus que jamais besoin du vécu de l’Evangile plutôt que du discours de l’Evangile ! », lâche-t-il avec conviction.

Actuellement, les ordres monastiques chrétiens, y compris en protestantisme, passent par un questionnement majeur quant à leur survie. Les diaconesses de Saint-Loup, un mouvement de femmes célibataires, très largement impliquées longtemps dans le domaine de la santé, n’échappent pas à cette menace, elles qui ont vu le jour au milieu du XIXe siècle, à l’initiative de Louis Germond (1796-1868) et de son épouse.

Serge Carrel

Le site de la Communauté de Saint-Loup.

Bio express

Philippe Bottemanne a été pasteur pendant 30 ans dans l’Eglise évangélique de Châble-Croix (FREE) à Aigle. Avec son épouse Maya, il a accompagné la croissance d’une communauté qui vient d’inaugurer de nouveaux locaux et qui a vu plusieurs pasteurs la rejoindre comme Gilles Geiser et Mathieu Maillefer. Au sein de la FREE, Philippe Bottemanne a aussi mis en place des instances à même d’accompagner les jeunes pasteurs (Tremplin ministère) et des Eglises locales désireuses de croissance et de renouveau (le Game).

Philippe et Maya Bottemanne ont été engagés début août à 80 pour cent et à 40 pour cent, avec pour mission l’accompagnement des diaconesses de St-Loup et la refondation de la vie communautaire sur le plateau.