Souvent, les personnes qui ne me connaissent pas ne savent pas quelle attitude avoir à mon égard. Faut-il aider ? Si oui, comment ? Il y a même des personnes handicapées qui réagissent très mal à une aide extérieure. Alors comment faire ? D’ailleurs, que la personne qui est en face soit handicapée ou non, pour connaître les besoins de l’autre, le plus simple, c’est de les lui demander.

Le mariage du siècle
alors, pour moi, c’était le mariage du siècle. Il n’y a pas photo. Vous vous demandez de quel mariage il s’agit ? Le prince Charles et Lady Di, Kate et Williams ? Hahaha ! Rien de tout cela ! Non, non, les mariés n’étaient pas des personnalités connues du grand public. Ce mariage est devenu le mariage du siècle… parce que j’y ai vécu quelque chose d’exceptionnel. Je vous explique : j’ai été invité au mariage d’un étudiant. Pour le dîner, on avait préparé un grand buffet. Tout plein de plats succulents. On pouvait se servir à volonté. Et croyez-moi, tout le monde en a bien profité.
Sauf moi. Ce n’est pas que je n’avais pas faim, je ne faisais pas de régime particulier. Je dois vous expliquer que, en raison de mon handicap (je suis né avec une malformation de mes deux bras), il m’est impossible d’accéder à tous les plats d’un buffet. Ceux qui se trouvent dans la première rangée, ça va. Mais tous les plats qui se trouvent un peu plus loin sont inaccessibles à mes bras trop courts.

Une aide inattendue
Mais ce n’est pas le problème que j’ai rencontré ce jour-là. Je vous raconte : je prends une assiette, je m’approche du buffet, je fais un tour d’horizon de tous les plats qui s’offrent à moi, et j’en ai déjà l’eau la bouche, tout en regardant autour de moi pour trouver quelqu’un qui pourrait m’aider. Et là, surprise, je n’ai même pas besoin de demander à quelqu’un ! En effet, une jeune femme s’approche de moi et saisit mon assiette. Évidemment, je me réjouis de cette aide inattendue et je me dis qu’on peut encore faire confiance à l’humanité.

« C’est l’intention qui compte »
Avant même que je lui dise ce que j’aimerais manger, la jeune femme commence à remplir mon assiette sans dire un mot. Elle me met un peu de tout : crudités, pâtes, riz, salade de tomates, bouchée à la reine, carpaccio de bœuf, gigot d’agneau, j’en passe et des meilleurs. Une fois mon assiette pleine à déborder, elle me la redonne avec un large sourire et me dit : « Bon appétit ! »
Je n’ai même pas le temps de lui dire merci, qu’elle s’est déjà retournée et est repartie.
Et moi, je me retrouve avec une assiette pleine de bonnes choses certes, mais il y avait au moins la moitié que je n’avais pas envie de manger.
Je ne voudrais pas blâmer cette jeune femme, qui a voulu m’aider, qui a voulu me faire plaisir. Je pourrais dire : « C’est l’intention qui compte ». Oui, bien sûr. Il n’empêche, je n’ai même pas mangé la moitié de ce que j’avais dans mon assiette.

Faut-il aider ? Si oui, comment ?
Vous connaissez cette situation ? Vous voulez aider quelqu’un, et après coup, vous vous rendez compte que ce n’était pas tout à fait ça. Vous ressentez alors de la déception, peut-être de la frustration de ne pas avoir pu aider comme il faut, et la prochaine fois vous réfléchirez à deux fois avant d’intervenir.
Et inversement, il vous est peut-être arrivé que quelqu’un a essayé de vous aider, mais qu’il s’y est pris tellement mal que vous avez décidé de vous débrouiller tout seul.
Dans le cas d’une personne handicapée, il semble que c’est un peu plus compliqué. Souvent, les personnes qui ne me connaissent pas ne savent pas quelle attitude avoir à mon égard. Faut-il aider ? Si oui, comment ? Il y a même des personnes handicapées qui réagissent très mal à une aide extérieure. Alors comment faire ?
La réponse est tellement simple !

Une histoire hallucinante
Connaissez-vous Bartimée ? C’est une histoire hallucinante. C’est un aveugle qui a vécu il y a environ 2000 ans dans une petite ville à côté de Jérusalem. Il n’est déjà pas facile de vivre pour un aveugle de nos jours. Alors imaginez, à l’époque, sans assurance maladie ni sécurité sociale. Cet homme est seul, et son seul moyen de survivre, c’est de faire la manche. Il est donc assis au bord du chemin et vit de l’aumône.
Un jour, il apprend que Jésus va passer dans sa ville. Notre homme est aveugle, mais il a de bonnes oreilles. Et comme il a entendu que Jésus non seulement s’occupe des personnes marginales, mais encore guérit des malades, on imagine qu’il va tout faire pour le rencontrer.
Seulement voilà, ce n’est pas une mince affaire. Pour un aveugle, ce n’est pas facile de se frayer un chemin parmi une foule de gens. Et puis, qui s’intéresse à un marginal ! Il se met alors à appeler, à crier, pour attirer l’attention sur lui. La réaction ne se fait pas attendre. Les gens lui somment de se taire. On veut écouter Jésus, bon sang ! Mais Bartimée ne se laisse pas faire. Il hurle de plus belle. Les gens sont de plus en plus énervés à cause de cet énergumène. Et là, rebondissement.
On imagine que Jésus s’avance, pose ses mains sur les yeux de l’aveugle, prononce une phrase mystérieuse et hop ! le tour est joué ! Bartimée voit !
Eh bien, pas du tout.

Une histoire vraiment hors du commun
C’est une histoire vraiment hors du commun. Alors, que fait Jésus ? Eh bien, d’abord, il demande aux gens de se taire ! Et non seulement ça, mais en plus, il leur demande d’amener Bartimée au milieu d’eux. Personne ne doit rester en marge parce qu’il est différent ! Ce n’est pas parce qu’il est aveugle qu’il doit rester marginal, au contraire. Bartimée se tient alors debout devant Jésus. Les gens se taisent. On sent une tension monter. Tous les projecteurs sont braqués sur les deux hommes. Que va-t-il se passer ? Le suspense est à son comble. Une scène digne des plus grands films de Hollywood.
Et là, nouvelle surprise. Jésus ne se penche toujours pas vers Bartimée, ne prononce toujours pas de formule magique, ne le guérit toujours pas.
Au lieu de cela, il lui pose une question, d’une banalité presque impertinente :

« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

Comment ? Mais c’est pourtant clair : il est là pour voir !
Tiens, tiens… cette situation ne vous rappelle-t-elle pas quelque chose ?
Quand, au cours du mariage dont je parlais tout à l’heure, la jeune femme a rempli mon assiette, il était clair pour elle que je voulais manger. Peu importe quoi, pourvu que l’assiette soit remplie ! Pourtant, j’aurais bien aimé dire ce que je voulais. Vous comprenez bien qu’il ne s’agit pas seulement de remplir une assiette, mais de bien plus. C’est une question de respect, de prise en considération. Je ne suis pas un bébé ou un animal.
Quand Bartimée s’approche de Jésus, il semble clair ce qu’il veut. Mais Bartimée n’est pas un bébé, ni un animal. C’est un être humain, digne de respect et de considération.

J’aurais aimé exprimer tout simplement ce que je voulais
Et c’est pourquoi Jésus lui demande ce qu’il veut. Par respect. Il ne veut rien imposer à Bartimée. Il lui permet d’exprimer ses besoins. Voilà ce que j’aurais souhaité de la part de la jeune femme : j’aurais aimé exprimer tout simplement ce que je voulais manger. D’ailleurs, que la personne qui est en face soit handicapée ou non, pour connaître les besoins de l’autre, le plus simple, c’est de les lui demander. On peut les deviner en partie. Mais pour éviter le risque de se tromper, il suffit de demander ! J’aime beaucoup cette histoire de Bartimée. J’aime surtout que Jésus n’impose rien et respecte l’autre, même s’il avait évidemment compris depuis longtemps ce que Bartimée désirait. Il écoute, il s’intéresse à lui. Et sa réponse n’est pas une réponse standard qu’il sort d’un tiroir, mais elle est personnalisée, elle répond exactement aux besoins de l’autre.
Quand Bartimée répond : « Je veux voir ! », Jésus ne prononce toujours pas de formule magique, n’exécute pas de geste mystérieux. Il dit simplement : « Ta foi t’a guéri ».
Ce qui est important pour Bartimée, au-delà de la vue, c’est qu’il reçoive la confirmation que sa foi, cette foi qui guérit, est juste. Alors, cette foi, c’est quoi ? C’est la volonté de rencontrer Jésus, malgré tous les obstacles apparents. C’est ne pas lâcher prise et croire qu’il donne LA réponse à ses besoins.
Et vous, que répondriez-vous si Jésus vous demandait : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

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